FICTION : IMAGINE … LE COMMERCE DU FUTUR

26 novembre 2021 0 Par Frédérika Sintive

Des nouvelles de 2031

Elle a bien changé ma boutique depuis son ouverture en 2015.

C’était il y a 16 ans… déjà… c’est peu et beaucoup à la fois. En si peu de temps finalement tout a changé. Je me souviens, j’avais des stocks, les gens passaient, flânaient, cherchaient la bonne affaire. Le prêt à porter a beaucoup changé, oui, j’oubliais de vous dire, ma boutique (puis-encore l’appeler ainsi ?) est un petit commerce de prêt-à-porter dans le centre-ville. Ma boutique c’est un show-room high-tech dans lequel on ne vient que pour tester, faire l’expérience du « sur-mesure numérique ». Je suis équipé d’une Bio-fiT-ExperiencE. Je reconnais que cette cabine d’essayage biométrique a quelque chose de fabuleux. Le client passe devant un écran doté de capteurs, il n’a même pas à donner ses mesures, taille, poids, ce qui pouvait gêner auparavant. L’appareil calcule tout instantanément. Ensuite devant ce même écran, le client peut essayer toute la collection du catalogue de mes fournisseurs sans même avoir à se déshabiller, pratique !

C’est d’une facilité incroyable d’autant plus que le client, la plupart du temps, a déjà sélectionné ses articles en ligne au préalable. Ma boutique n’est plus qu’un espace privilégié dans lequel les clients font cette étonnante expérience. Je dis étonnante car j’ai connu le monde d’avant, mais pour toute cette génération née avec internet et un smartphone à la main, c’est une pratique courante.

J’ai gagné en qualité de travail. Avec cette numérisation du commerce, j’ai progressivement assisté une diminution conséquente des livraisons… une quasi-disparition même. Et puis, le centre-ville a bien changé. Sans stockage de masse, beaucoup ont pu élargir leur espace et créer de petits salons de réception transformant chaque boutique en lieu familier et personnalisé. Ma cabine d’essayage biométrique, par exemple…

Je ne l’ai pas acquise seul, c’est un investissement coûteux. C’est un achat mutualisé. Je suis associé avec la boutique de chaussures et accessoires qui se situe juste en face. Le client peut virtuellement essayer tout mon catalogue mais aussi trouver les chaussants les plus adaptés et voir sur l’écran les combinaisons les plus harmonieuses…

Je me rends compte que toutes ces évolutions attirent et rendent l’acte d’achat est plus facile. Auparavant, on essayait et on achetait les vêtements en s’imaginant les porter dans les scènes de nos vies. Aujourd’hui, essayer, acheter et porter font partie de la même expérience. Pour peu que je leur propose un café, thé ou que nous échangions quelques mots… Finalement, c’est comme avant mais en mieux.

Réaction :

« Cette fiction futuriste, nous montre comment on devient tous des écrans, tous des images et je ne pense pas que ce soit une bonne évolution d’un point de vue social, humain.

L’opération de vente peut être digitalisée mais il ne faut pas oublier le principal : le conseil et surtout la relation client qui, elle, ne pourra jamais l’être.

La confiance client ne passe par une image et un clic. Elle passe par une poignée de main, par un discours en face à face, en présentiel.

Un exemple tout simple qui m’est arrivé récemment : un client qui veut acheter une paire de gants en ligne. Il oublie que derrière cet achat, il y a des contraintes techniques. Il y a une discipline et un poids à prendre en compte, et également une bande à insérer. Sans cette bande, c’est comme si tu mettais des chaussures sans chaussettes. Si tu n’as pas ton client en face tu ne peux pas lui expliquer et son achat ne le satisfera pas.

L’innovation dans les commerces ne doit surtout pas se limiter à l’introduction des nouvelles technologies comme seul support de la relation client. »

Driss Sejjai dirigeant de l’entreprise AREN Sport