Entretien avec Marie Esteves

26 novembre 2021 0 Par Frédérika Sintive
“ Dans le passé, précise-t-elle, c’était simple, les clients venaient vers les commerçants. Aujourd’hui, ce sont les commerçants qui doivent aller chercher les clients, la situation s’est inversée ”
Marie Esteves
Présidente de l'association Mirashop

Aujourd’hui, j’ai rencontré pour vous Marie Esteves, présidente de Mirashop, l’association des commerçants de Miramas. Si elle est la première femme à occuper cette fonction elle n’en est pas pour autant une novice dans le secteur associatif. Très rapidement, dans son propos et dans nos échanges se révèle un attachement au service. « L’envie d’aider les autres, savoir pourquoi on le fait », c’est en ces termes que Marie définit ses principales motivations…

Bouger les choses…
L’expression pourrait illustrer une motivation, un leitmotiv, mais dans le propos de Marie, cela prend aussi la couleur d’une nécessité.

Marie voit cela dans son activité de gérante de société et le constat est simple, si une société ou un commerce ne va pas chercher le client, elle est condamnée à une disparition pure et simple et ce dans un délai assez rapide. Pour faire face à la situation, le commerçant doit continuer à mener son activité tout en y ajoutant des tâches nouvelles portant sur la prospection et la communication. Pour le commerce de proximité, cela implique une charge de travail et des coûts supplémentaires simplement pour conserver une activité…

A cela s’est rajouté la crise sanitaire. « Contrairement à ce que l’on pense, remarque Marie, cette période a été bénéfique à certains commerces, surtout les commerces de bouche ».

Les autorisations de sortie en période confinement limitées aux achats de première nécessité, ont favorisé le retour vers les commerces de proximité. Il n’y a jamais eu autant de clients et de monde en ville que lorsqu’il était interdit de sortir. Avec un peu de mémoire et d’honnêteté, on se souvient de ce retour plein d’espoir pour un monde d’après hypothétique dans lequel on retournerait vers un commerce plus humain, etc… Force est de constater que ces intentions ne sont pas suivies d’actes aujourd’hui.

« Aujourd’hui, nous n’avons plus dans nos commerces les clients que nous avions, nous avons perdu 50 % de la clientèle ».

Le problème du pouvoir d’achat n’explique pas tout, les dépenses ont été faites ailleurs et par d’autres circuits.

Oh c’est dommage que vous fermiez…

Une observation simple et étonnamment répétitive : Un commerce est en liquidation, il ferme prochainement et organise une liquidation de son stock à coup de rabais vertigineux… -50%, -70%… bien évidemment, des clients se précipitent pour profiter de quelques bonnes affaires avec l’air attristé et disant « oh c’est dommage que vous fermiez ? »

Mais alors… si ce regret est sincère, pourquoi n’être pas venu plus tôt ? Comment être affligé d’une fermeture d’un commerce sans jamais y être allé ? Voilà tout le paradoxe de l’intérêt porté à ce qui disparaît. La même attitude ramenée à l’écologie ferait un peu peur non ? « Aujourd’hui, nous devons trouver d’autres solutions pour faire venir le client qui a disparu. » Le constat est fait, il est simple mais il faut maintenant se concentrer sur mes moyens. Comment faire venir et revenir une clientèle dans les commerces de proximité ?

L’association des commerçants est une structure mais sans implication réelle, elle ne peut rien. Il faut une proximité des adhérents, de la solidarité, de l’entraide et un partage d’expérience.

Il suffirait pour commencer que les commerçants se servent les uns les autres dans leurs boutiques respectives, lorsque cela est possible. Marie remarque qu’à ce jour, elle ne voit pas ou trop peu cette marque de solidarité sur Miramas. Les raisons sont habituelles, le temps, la facilité, les prix, mais à bien y regarder pourquoi ne pas prendre le temps, le prix justifie-t-il vraiment de prendre sa voiture ?

Se pose également la question de l’offre. Quels sont les manques ? quels sont les commerces qui apportent ou apporteraient plus d’attractivité au centre-ville ? Des terrasses invitent-elles à s’arrêter ?

Les commerçants entre eux et avec la municipalité… Avec est un mot clé ! Au-delà de l’activité économique et de la gestion d’un commerce, se pose une problématique plus large qui est celle de l’identité d’un centre-ville. L’identité d’un centre-ville, ce sont ses commerces. Les solutions sont bel et bien l’affaire de tous.

A défaut de sauver quelque chose qui a été, il s’agit d’inventer quelque chose qui sera. Au terme de cet échange et malgré la situation préoccupante dont elle est le témoin, Marie me rappelle, conformément à la conviction qui sous-tend son engagement, que l’union fait la force.